La carte politique palestinienne au Liban : Une lecture nécropolitique du régime d’enfermement dans le camp d’Ein el-Hilweh et au-delà

Auteure: Dima Alsajdeya | Numéro: Document de travail N. 36 | Date: Juillet 2026

Ein al-Hilweh, situé à Saïda, dans le Sud du Liban, est le plus grand camp de réfugiés palestiniens du pays, abritant environ 80 000 personnes sur seulement 1,5 km2. Entouré de hauts murs, de barbelés et de postes de contrôle de l’armée libanaise, le camp incarne un « espace d’exception » où l’enfermement et les dispositifs de sécurité dominent la vie quotidienne. Ces barrières ne sont pas seulement physiques ; elles incarnent un contrôle biopolitique et nécropolitique, régissant la vie et la mort tout en façonnant la présence et la vie politique palestiniennes. Cet encerclement reflète également l’approche des appareils libanais qui considère la question palestinienne comme un problème de sécurité, ce qui renforce la marginalisation et limite les perspectives d’avenir des réfugiés. La complexité d’Ein al-Hilweh tient à son importance politique : il s’agit d’un microcosme de la vie politique palestinienne ; il abrite également des groupes islamistes non palestiniens, y compris des fugitifs liés à des organisations extrémistes. Cette concentration d’acteurs amplifie l’importance du camp en matière de sécurité pour l’État libanais. En interne, le chevauchement des structures tribales et factionnelles, combiné à l’absence d’autorité étatique, favorise la persistance de la violence, des vendettas et des activités criminelles, exacerbant les crises humanitaires. Ce papier examine comment le confinement – par le biais de points de contrôle et d’une négligence systémique – façonne la vie sociale et politique à Ein al-Hilweh. Il interroge le paradoxe selon lequel les mesures de sécurité, destinées à maintenir l’ordre, perpétuent l’instabilité et l’insécurité. En outre, il explore le rôle de ces barrières lors des affrontements récurrents. Mots-clés : camps de réfugiés palestiniens, Ein el-Hilweh, nécropolitique, biopolitique, régime de checkpoints, enfermement, sécurité, Liban, espace d’exception.

A Propos de L’Auteure

Dima Alsajdeya

Docteure en science politique et chercheuse postdoctorale à l’Institut universitaire européen (EUI) de Florence. Elle a auparavant bénéficié d’une bourse postdoctorale du Conseil arabe pour les sciences sociales (ACSS), dans le cadre du 11e cycle du programme ECFP. Elle est chercheuse associée à l’Institut français du Proche-Orient (Ifpo), à la chaire Histoire contemporaine du monde arabe au Collège de France, ainsi qu’au Centre Thucydide de l’Université Paris-Panthéon-Assas. Elle est également membre du comité de rédaction de la revue française Confluences Méditerranée.

Ses recherches portent à la fois sur la politique étrangère de l’Égypte à l’égard de la Palestine depuis les années 1980 et sur les recompositions du pouvoir palestinien, en Palestine comme au Liban, notamment dans les camps de réfugiés. Elle a récemment co-publié La Question palestinienne 1993-2025 (Flammarion, 2026). Ses dernières publications portent notamment sur « La gestion égyptienne de la bande de Gaza, entre politique d’endiguement et enjeux transfrontaliers », dans Stéphanie Latte-Abdallah et Véronique Bontemps (dir.), Gaza, une guerre coloniale (2025) ; et « L’Autorité palestinienne, au-delà d’un cas d’autoritarisme arabe », dans Anne Cheng et Henry Laurens (dir.), Despotismes orientaux, du proche à l’extrême (2025).